C’est un monde fascinant plein de souplesse où l’odeur acidulée de l’écorce fraiche de bouleau vient vous chatouiller les narines. C’est un monde où l’on se relie inévitablement avec les savoirs ancestraux des amérindiens du nord du continent de la « grande tortue ».
L’écorce du bouleau Canadien
Chez nos amis québécois poussent trois espèces principales de bouleau. Le bouleau blanc ou papier, le bouleau gris et le bouleau jaune. Leurs noms sont liés aux teintes de leurs écorces. Elles ont également toutes des propriétés mécaniques différentes et donc des utilisations en vannerie variables.
La particularité par rapport aux deux espèces de bouleaux en France, c’est que sous l’écorce se forme un liège qui permet de résister au grand froid de l’hiver. Cela leur confère une souplesse remarquable que ne possèdent pas nos espèces. Voilà pourquoi ma valise en était pleine en revenant du Québec.

La vannerie en nappe
Une première utilisation est d’en découper des bandes pour tisser des étuis de couteaux, des pochettes et des carquois. Ce savoir-faire se trouve essentiellement dans les pays nordiques et jusqu’en Russie. Je n’ai pas vu dans les expositions d’art autochtone québécois de tels ouvrages.

Les boites en écorces amérindiennes
Chez les natifs du Québec les boites, paniers, hottes traditionnelles sont réalisées en écorce de bouleau pliée et cousue. Les techniques de pliage ne sont pas si éloignées de la logique de l’Origami. Chaque zone et groupe ethnique à ses propres formes de boites d’écorces qui dépendent des utilisations, mais aussi de design particulier.

Les coutures sont réalisées avec des racines d’épinettes qui sont fendues dans leur longueur plusieurs fois. Cela donne une couture très solide.
Ensuite, la boite est gravée de motifs blancs en grattant la partie superficielle de l’intérieur de l’écorce (côté cambium) d’hiver. Il existe des motifs traditionnels représentant le plus souvent des végétaux, mais également des animaux.
Ces savoirs ont failli disparaitre avec l’occidentalisation mais aujourd’hui ils sont transmis dans les centres autochtones. Pour ma part, je me suis appuyé sur mes croquis réalisés dans les musées québécois pour reproduire une telle boite. Sur une des faces, j’ai réalisé un motif floral non traditionnel.

Les boites en écorce Sami
Une autre région qui abrite un grand savoir-faire dans les boites d’écorce est la Laponie. Ce sont souvent des boites circulaires qui trouvent leur originalité dans le système d’emboitement des deux extrémités du tube d’écorce. Il existe de nombreuses variantes de ce système d’emboitement qui utilise toujours le même principe de languette s’emboîtant dans une encoche.
J’ai réalisé avec ces techniques une boite en l’honneur de la gélinotte des bois, gourmande des bourgeons de bouleau, que j’ai pu croiser à plusieurs reprises au Québec. J’ai confectionné également un carquoi de forme amérindienne avec une fermeture à la norvégienne.

Notre bon vieux bouleau verruqueux
Il n’est pas impossible de réaliser des boites avec l’écorce de nos bouleaux. Dans ce cas j’ai doublé l’épaisseur. Cependant, pour l’instant mes essais se sont limités à utiliser de l’écorce trouvée sur des bouleaux morts. Au Québec les natifs prélèvent leurs écorces directement sur les arbres vivants qui reforment progressivement une nouvelle écorce en plusieurs années. Ils forment dans un premier temps une cicatrisation noire qui créée dans le paysage forestier des bandes sombres à hauteur d’hommes.
J’ai pu prélever de l’écorce fraiche sur trois bouleaux au Québec. C’est un acte pas évident, sachant l’arbre vivant, qui demande de ma perspective beaucoup de gratitude. Cela nécessite aussi de la précision dans les gestes afin de ne pas faire couler la sève brute en incisant trop profondément. Il me reste à retenter cette expérience sur nos bouleaux français.

Le graal de l’écorce de bouleau
Les natifs confectionnaient également des canoës en écorce de bouleau. Ces compétences sont encore maîtrisées par de rare personne. J’ai pu en rencontrer une dans la famille de ma femme, Raynald.
Cela nécessite de trouver des vieux bouleaux de gros diamètres qui poussent dans les zones humides, souvent le long des rivières. Le canoë est alors confectionné à même le sable du bord de rivière avec des pieux en bois fichés dans le sol. Il faut néanmoins vérifier l’épaisseur de l’écorce via une incision avant de la prélever, car elle varie considérablement d’un arbre à l’autre même s'ils ont un diamètre identique.
Une petite boite en écorce de bouleau local, ça vous tente ?

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